Les actions tokenisées vont-elles prendre l'avantage à Wall Street ?

Les titres tokenisés prennent une place croissante dans la découverte des prix, au point de peser sur les marchés traditionnels hors des horaires d'ouverture. Selon une étude du Fonds monétaire international (FMI), plus de la moitié des échanges sur les actions tokenisées ont lieu en dehors des heures normales du marché américain, et entre 87 et 99 % des mouvements de prix nocturnes se retrouvent dès les cinq premières minutes de cotation le lendemain.

Les actions tokenisées vont-elles prendre l'avantage à Wall Street ?

Ces résultats arrivent alors que plusieurs grandes Bourses veulent étendre leurs horaires. Nasdaq, NYSE Arca et Cboe ont obtenu une approbation réglementaire pour proposer 23 heures de trading sur les actions américaines, avec des lancements visés par Nasdaq et Cboe en décembre 2026. Les trois plateformes resteront toutefois fermées le week-end.

Le FMI voit un rôle utile, mais pointe des fragilités

Le FMI reconnaît les bénéfices possibles des titres tokenisés pour la découverte des prix, tout en exprimant des inquiétudes sur la stabilité financière à mesure que ces marchés grandissent et se rapprochent du système financier traditionnel. Dans son analyse, l'institution a suivi cinq tokens parmi les plus liquides, S&P 500, Nasdaq 100, Tesla, Alphabet et Nvidia, sur 11 plateformes pendant 365 jours de trading.

Les résultats montrent un lien étroit entre les mouvements nocturnes des actions tokenisées et ceux de leurs actifs sous-jacents lorsque la cotation reprend. Mais le rapport relève aussi des faiblesses marquées : la volatilité réalisée était "environ 1,5 fois plus élevée" que sur les actions classiques, tandis que les tokens étaient "nettement moins liquides que les marchés traditionnels". Les exchanges décentralisés, où les transactions passent par des smart contracts, étaient "de loin les moins liquides".

Le FMI estime que le trading continu et les liquidations automatisées pourraient amplifier la volatilité en période de tension. Il recommande donc d'adapter les garde-fous habituels, notamment les "circuit breakers" et les suspensions de cotation, tout en appelant à des "outils d'intervention adaptés aux marchés financiers toujours ouverts".

Wall Street avance, entre intégration et fragmentation

Nasdaq veut intégrer la tokenisation dans son infrastructure existante. En mars, la SEC a approuvé son projet de négocier des actions tokenisées sur son propre carnet d'ordres, avec le même ticker et la même priorité que les actions conventionnelles. À partir de décembre, ces titres pourraient être échangés presque 23 heures par jour, cinq jours par semaine. DTCC prévoit de lancer son service de tokenisation ce mois-ci.

D'autres acteurs explorent des modèles différents. Intercontinental Exchange, maison mère du New York Stock Exchange, a noué un partenariat pour proposer un trading continu d'actions américaines tokenisées via des liquidity pools autorisées sur une blockchain publique, avec des stablecoins dont USDt. Le projet a déjà suscité l'opposition de 16 entreprises cotées, parmi lesquelles Microsoft, Alphabet, Broadcom et Verizon, au 19 octobre.

Lors d'une table ronde sur le trading 24 heures sur 24 en septembre, le président de la SEC, Paul Atkins, a déclaré : "Aujourd'hui, les événements économiques et commerciaux cruciaux ne sont pas confinés aux horaires de trading traditionnels". De son côté, Jesse Knutson, responsable des opérations chez Bitfinex Securities, a estimé que "empêcher de trader ne supprime pas nécessairement le risque. Cela peut concentrer l'activité au moment où les marchés rouvrent".

Jamie Selway, directeur de la Division of Trading and Markets de la SEC, prédit pour sa part que "les marchés seront bientôt en 23-by-5, puis probablement en 24-by-7 peu après". À partir de décembre, l'écart nocturne mesuré par le FMI devrait largement disparaître, et le week-end restera pour l'instant la seule fenêtre réservée aux marchés tokenisés.