Bessent au Japon : un guide pour les vétérans des hedge funds sur la gestion des responsabilités
Scott Bessent, secrétaire au Trésor et vétéran des hedge funds, a joué un rôle clé dans la gestion de la crise sur les marchés mondiaux liés aux obligations japonaises. Sa stratégie a permis de détourner l'attention de la controverse autour du Groenland en mettant en avant les défis économiques du Japon. Bessent adapte son approche pour chaque pays, cherchant à stabiliser les marchés tout en protégeant les intérêts américains.
Bessent met en avant le « mouvement des six écarts-types » sur le marché obligataire japonais
Dans une interview du 20 janvier, Scott Bessent a souligné l'extraordinaire volatilité que connaît actuellement le marché obligataire japonais, qu'il considère comme le principal moteur des turbulences financières mondiales.
« Je pense qu'il est très difficile de distinguer la réaction du marché de ce qui se passe de manière endogène au Japon », a déclaré Bessent. « Au cours des deux derniers jours, le marché obligataire japonais a connu une variation de six écarts-types. Cela équivaudrait à une variation de 50 points de base du taux américain à 10 ans. »
Cette analyse repose sur des faits concrets : le rendement des obligations d'État japonaises à 40 ans a franchi la barre des 4 %, un niveau inédit depuis leur introduction en 2007. De plus, les rendements à 10 ans ont atteint leurs sommets depuis 1999, exacerbés par l'annonce par le Premier ministre Sanae Takaichi d'élections anticipées pour le 8 février, et son projet de suspendre pendant deux ans la taxe sur les produits alimentaires.
Bessent s'attendait également à ce que les responsables japonais prennent rapidement la parole : « J'ai été en contact avec mes homologues économiques au Japon et je suis sûr qu'ils commenceront à dire des choses qui calmeront le marché », a-t-il ajouté.
Les promesses japonaises stabilisent enfin les marchés financiers
Le ministre japonais des Finances, Satsuki Katayama, a réagi aux préoccupations exprimées par Bessent lors du Forum économique mondial à Davos. Elle s'est engagée à réduire le ratio dette/PIB du Japon grâce à des « dépenses judicieuses » et des « mesures budgétaires stratégiques », affirmant que cela garantirait « la viabilité des finances publiques ».
Suite à ces déclarations, une réaction positive s'est manifestée sur les marchés : dès le 21 janvier, tous les rendements obligataires japonais ont reculé, avec une baisse significative atteignant jusqu'à 12,1 points de base pour l'obligation à 20 ans. Le rendement à 40 ans est redescendu autour de 4,15 % après avoir dépassé temporairement 4,2 %.
Bessent réussit habilement à détourner l’attention vers Tokyo
Bessent avait un double objectif dans sa formulation concernant la volatilité japonaise : il cherchait non seulement à apaiser les inquiétudes liées aux obligations mais aussi à éloigner l'attention d'une autre question brûlante, celle du Groenland.
« Je pense que la situation au Japon – que le marché là-bas a encore une fois connu un écart type de six – et que cela s'est produit avant toute nouvelle au Groenland », indiquait-il lors d’une récente déclaration.
Cette semaine-là marquait également une escalade dans conflits commerciaux lorsque Donald Trump menaçait d'imposer un tarif douanier supplémentaire sur plusieurs pays européens face leur opposition quant au rachat potentiel par les États-Unis du Groenland. En plaçant Tokyo comme source principale d'inquiétude économico-financière globale, Bessent visait ainsi clairementà isoler ces tensions diplomatiques américaines sans lien direct avec celles-ci.
Une approche contrastée envers Séoul face aux enjeux coréens
L'approche adoptée par Bessent envers la Corée du Sud diffère notablement bien qu'elle implique aussi d'importants engagements financiers envers Washington. Bien que Tokyo ait convenu d'un accord d'investissement supérieur (550 milliards contre seulement 350 milliards pour Séoul), cette dernière reçoit plutôt un soutien verbal alors même que Tokyo subit toujours pression continue.
Le 15 janvier, Bessent avait apporté son soutien rare au won sud-coréen qui était tombé vers ses niveaux bas historiques face au dollar américain.
Le département du Trésor notait alors que cette tendance baissière n’était pas conforme aux fondamentaux solides derrière l'économie sud-coréenne. Quelque temps après ses commentaires initiaux cependant - malgré quelques gains provisoires initiés par ceux-ci -le won continuera finalement sa dépréciation.
