Emprunter de l'argent pour investir dans le Bitcoin peut être considéré comme une décision très peu judicieuse
Chapô : Dans un contexte financier marqué par l'innovation des crypto-monnaies, Wolfgang Münchau souligne les similitudes entre les anciennes pratiques financières et celles du secteur de la cryptographie. Il met en garde contre des stratégies d'investissement risquées qui rappellent les erreurs du passé. Enfin, il interroge la capacité de Bitcoin à remplir ses fonctions initiales de monnaie de transaction et de réserve de valeur.
La finance traditionnelle face aux nouvelles technologies
Wolfgang Münchau, chroniqueur pour DL News et co-fondateur d'Eurointelligence, affirme que la finance se compose essentiellement de trois activités : le prêt, l’investissement et l’assurance. Bien que la crypto-monnaie représente une véritable innovation dans ce paysage financier traditionnel, beaucoup des méthodes utilisées aujourd'hui rappellent les pratiques passées.
Münchau note que durant l’histoire financière récente, l’innovation était surtout axée sur la réduction des frictions liées aux activités financières. La tokenisation, qui divise les créances en plus petites unités, ainsi que la finance décentralisée (DeFi), promettent une réorganisation radicale du marché financier en éliminant certains intermédiaires. Cependant, il reste à voir si ces innovations pourront réellement tenir leurs promesses ou si elles ne serviront qu'à renforcer un système oligopolistique.
Les dangers des investissements basés sur le crédit
Dans sa critique acerbe des pratiques spéculatives actuelles dans le monde des crypto-monnaies, Münchau évoque le principe selon lequel il est « carrément stupide » d’emprunter pour investir dans un actif aussi volatil que Bitcoin. Ce type d’investissement rappelle fortement les schémas anciens où emprunter pour investir menait souvent à des pertes considérables.
Il met également en lumière une stratégie connue sous le nom de « bouclage », où un investisseur emprunte contre une crypto-monnaie existante pour acheter davantage d’actifs similaires. Cette approche peut conduire à une instabilité financière majeure semblable aux mécanismes ayant contribué au krach boursier historique.
La faillite d’Erra et ses implications sur la fraude financière
La faillite d’Erra est citée comme l'une des plus importantes fraudes financières avec $40 milliards perdus. Son fondateur Do Kwon a été condamné à 15 ans de prison aux États-Unis pour ce qui a été qualifié par le juge comme étant « une fraude à une échelle générationnelle épique ». Bien qu’elle soit massive, cette escroquerie n’égale pas celle orchestrée par Bernie Madoff avec sa pyramide Ponzi ayant impliqué $64 milliards.
Münchau souligne que malgré leur audace apparente, les crimes financiers liés aux cryptomonnaies ne sont pas fondamentalement différents des arnaques historiques. L'arrivée croissante de produits financiers tels que les fonds négociés en bourse (ETF) pourrait permettre aux investisseurs d'accéder plus facilement aux crypto-monnaies tout en augmentant leur vulnérabilité face à la liquidité du marché.
L’incertitude quant à la valeur future du Bitcoin
Une question centrale demeure : comment évaluer correctement la valeur future du Bitcoin ? Les tentatives prévisionnelles basées sur l'extrapolation sont souvent vouées à l'échec selon Münchau. Le seul modèle viable semble être celui qui évite toute hypothèse liée à la demande immédiate ; c'est-à-dire examiner plutôt son potentiel comme réserve de valeur ou moyen d'échange stable contre la dépréciation monétaire.
« Je ne sais pas » est perçu par Münchau comme étant « la seule bonne réponse » lorsqu'il s'agit de prédire où se situera le prix du Bitcoin dans un avenir proche ou éloigné.
Avec son analyse pointue et son expérience personnelle dans le domaine financier depuis plusieurs décennies, Wolfgang Münchau nous invite donc à revoir notre perception non seulement du Bitcoin mais aussi plus largement celle du système financier contemporain dominé par les idées héritées de l’époque baby-boomer.
