Les Iraniens utilisent des réseaux décentralisés pour exposer le chaos, tandis que des milliers se soulèvent - « Vivre en enfer »
Chapô : La situation en Iran devient de plus en plus critique alors que les manifestations contre l'effondrement du rial s'intensifient. Les autorités imposent des coupures sévères d'Internet pour étouffer la contestation, poussant les citoyens à utiliser des outils technologiques sophistiqués pour contourner la censure. Le bilan humain pourrait atteindre jusqu'à 30 000 victimes selon certaines estimations, tandis que le régime continue de réprimer avec violence.
Les manifestations éclatent après l'effondrement du rial
Des manifestations violentes ont éclaté en Iran suite à un effondrement dramatique du rial, la monnaie nationale, qui a atteint un niveau record de 1,4 million de rials pour un dollar américain fin décembre 2025. Darius, un citoyen iranien dont le nom a été modifié pour protéger son identité, témoigne des conditions difficiles sous lesquelles il vit : « Nous vivons un enfer sans Internet, sans argent, sans médias, sans aucun soutien ».
Les sanctions internationales imposées par les États-Unis sur l'Iran visent à stopper son programme d’armes nucléaires et ses activités terroristes. Darius compare cette crise économique à celle d’un « shitcoin » dont la valeur chute continuellement.
Le gouvernement impose une censure sévère et totale
Le 8 janvier, le régime iranien a mis en place l'une des coupures de communication les plus strictes depuis près de cinquante ans. Adam Burns, co-fondateur de l’Internet Society of Australia, explique que cette censure vise principalement à empêcher l'organisation des manifestations et leur couverture médiatique internationale : « C'est vraiment de la gestion des risques ».
Darius utilise divers outils tels qu'OpenVPN et Shadowsocks pour contourner cette censure stricte. Ces technologies permettent aux utilisateurs d'accéder à Internet même dans ces conditions extrêmes.
Des milliers de morts lors des répressions
La répression violente qui suit ces manifestations se traduit par une forte montée du nombre de victimes. Selon Iran Human Rights, au moins 3 428 décès ont été rapportés depuis le début des troubles. Cependant, certains rapports évoquent jusqu'à 30 000 victimes, chiffre avancé par deux responsables iraniens auprès du Time Magazine.
Tallha Abdulrazaq souligne que vérifier ce bilan est compliqué mais estime qu’il est probable qu'il soit autour des chiffres les plus bas cités.
L'utilisation croissante d'outils décentralisés face à la censure
Face aux restrictions gouvernementales croissantes sur Internet, près de 90 % des Iraniens auraient utilisé divers moyens techniques pour accéder au reste du monde depuis août dernier. Des réseaux comme Starlink soutenus par SpaceX offrent également une connectivité essentielle malgré les efforts intensifiés du gouvernement pour couper toute communication.
Aleksandr Litreev, PDG de Sentinel précise : « En fournissant un accès décentralisé et résilient... nous avons contribué à maintenir la circulation de l'information ». Cela permet aux citoyens courageux comme Darius d'envoyer quelques messages pendant ces périodes critiques.
« Ils nous tuent avec des fusils de chasse et des AK-47 », affirme Darius.
Un appel désespéré au soutien international
Darius appelle également à une aide extérieure : « Nous avons besoin de soutien. Les gens ne peuvent pas se battre les mains vides ». Ce besoin urgent est accentué par la disproportion entre le pouvoir militaire du régime et celui des manifestants pacifiques qui peinent à réaliser leur revendication face au manque crucial d'équipements ou d'interventions extérieures significatives.
Abdulrazaq conclut sur une note sombre concernant le potentiel renversement du régime iranien : « Sans soutien étranger... je ne vois pas comment ces manifestations renverseront l’Iran ».
La situation actuelle en Iran révèle non seulement une crise économique profonde mais aussi un défi majeur aux droits humains dans un contexte où les libertés fondamentales sont systématiquement bafouées par ceux qui détiennent le pouvoir.
