Lettre Samouraï n°2 : Réflexions sur la situation intérieure
Chapô : L'économie souterraine du FPC Morgantown repose sur un système surprenant où les sachets de maquereau jouent le rôle de monnaie. Ce phénomène soulève des questions sur la dynamique économique en milieu carcéral, où les règles strictes incitent à la création d'un marché gris. Dans ce contexte, Keonne Rodriguez explore comment les détenus s'adaptent et s'organisent pour répondre à leurs besoins.
L’économie carcérale basée sur le maquereau au FPC Morgantown
Au FPC Morgantown, l'économie souterraine fonctionne principalement grâce aux sachets de maquereau qui servent de monnaie d'échange. Bien que ces poissons ne soient pas destinés à être consommés, leur valeur symbolique a pris le dessus dans cet environnement fermé. « Les maquereaux – également connus sous le nom de Macks – ne sont certainement pas destinés à être mangés », souligne Keonne Rodriguez.
Le choix du maquereau comme « monnaie » peut étonner, mais cela découle des contraintes imposées par l'administration pénitentiaire. Les prisonniers peuvent gagner de l'argent soit par des dépôts effectués par des proches, soit en occupant un emploi rémunéré entre 0,20 $ et 1,00 $ de l'heure. Cependant, cette somme est largement insuffisante pour subvenir aux besoins quotidiens.
Les limites imposées créent un marché gris florissant
Chaque prisonnier doit composer avec une limite mensuelle de dépenses fixée à 360 $ et divers plafonds concernant certains produits alimentaires ou autres articles indispensables. Par exemple, un paquet de poulet coûte 4,00 $, tandis qu'une paire de baskets se vend jusqu'à 70 $. Ces restrictions poussent les détenus à chercher des alternatives pour acquérir plus que ce que leurs salaires leur permettent.
Rodriguez explique que ces limitations entraînent une économie informelle : « La capacité de surmonter les limites artificielles imposées par l'administration et la capacité de gagner plus que ce qui est possible grâce à leur seul travail en prison sont essentielles pour survivre dans cet environnement ». Ainsi émerge un réseau complexe où chaque détenu trouve sa place.
Des services variés émergent autour du maquereau
Dans ce système alternatif, plusieurs types d’activités apparaissent : certains offrent des services comme la lessive ou la préparation de repas chauds vendus directement depuis leur cellule. Le chef cuisinier collabore souvent avec ceux qui font la lessive pour optimiser leurs ressources respectives ; ces échanges renforcent les liens entre détenus tout en générant une forme d'économie collaborative.
« Le chef aura souvent des coureurs qui transportent les plats chauds préparés… récupérant des paquets de maquereaux en guise de paiement – c'est comme une sorte d’équivalent pénitentiaire d’Uber Eats », précise Rodriguez.
Convertir le maquereau en argent réel devient essentiel
Avec une accumulation significative de macks (sachets), il devient nécessaire pour certains détenus d'explorer comment convertir cette « richesse » en argent réel. Selon Rodriguez, « la conversion fonctionne grâce à l'acheteur demandant à quelqu'un à l'extérieur d'envoyer des USD via Cash App ou Western Union ». Cela montre comment même derrière les barreaux, les mécanismes économiques classiques trouvent leur place.
Il existe aussi un certain degré de troc ; cependant celui-ci peut vite devenir inefficace face aux exigences croissantes du quotidien pénitentiaire. C'est pourquoi la nécessité d'une monnaie acceptée par tous demeure cruciale dans cet écosystème fermé.
Une réflexion sur le choix du maquereau comme standard monétaire
En fin d'article, Rodriguez pose une question intrigante : pourquoi avoir choisi spécifiquement le maquereau plutôt qu’un autre produit ? Sa théorie suggère que moins personne ne veut réellement consommer ce poisson pourrait expliquer son statut durable dans cette économie informelle : « La plupart des gens ne veulent pas réellement manger du maquereau… Il semble n'y avoir aucune limite quant au nombre […] que vous pouvez acheter au commissariat ».
Cette observation résume bien comment certaines dynamiques sociales influencent même les choix économiques fondamentaux dans un cadre aussi restrictif que celui-là.
Keonne Rodriguez conclut son témoignage poignant alors qu'il réfléchit aux inégalités persistantes entre détenus et agents pénitentiaires ainsi qu’à la camaraderie partagée au sein même du système carcéral : « Tout comme à l’extérieur, il y a des gagnants et des perdants… Joyeux Noël à tous ».
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Keonne Rodriguez11404-511FPC MorgantownCAMP DE PRISON FÉDÉRALC.P. 1000MORGANTOWN,Virginie-Occidentale 26507
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