Le procès de WhatsApp soulève des doutes parmi les experts en cryptographie et les avocats en protection de la vie privée

WhatsApp accusé d'accès non autorisé à des messages privés : scepticisme croissant parmi les experts

Un recours collectif déposé contre Meta, la société mère de WhatsApp, accuse l'entreprise d'accéder secrètement aux messages privés de ses utilisateurs. Les experts en cryptographie et en protection de la vie privée expriment leur scepticisme, soulignant que les allégations manquent de fondement technique. De plus, des questions subsistent quant à la spécificité nécessaire pour que cette plainte survive devant un tribunal.

Les accusations du recours collectif n'ont pas convaincu les experts

Le recours collectif a été déposé vendredi dans un tribunal fédéral de Californie, accusant Meta d'avoir maintenu des outils internes permettant à ses employés d'accéder au contenu des messages privés malgré les affirmations publiques relatives au cryptage. Les plaignants viennent d'Australie, du Brésil, d'Inde, du Mexique et d'Afrique du Sud et cherchent à représenter tous les utilisateurs non américains et non européens depuis 2016.

Les experts interrogés par Decrypt ont exprimé leurs réserves sur ces accusations. Matthew Green, professeur de cryptographie à l'université Johns Hopkins, a déclaré : « La seule façon réaliste d'exposer les messages WhatsApp à grande échelle serait de procéder à des sauvegardes cloud non cryptées stockées auprès de fournisseurs tiers comme Google ou Apple ». Il a également précisé que « les portes dérobées dans une application sont toujours théoriquement possibles », mais qu'elles seraient généralement détectables grâce à l'ingénierie inverse.

Les préoccupations juridiques entourent le procès

Des avocats spécialisés se demandent si la plainte contient suffisamment de détails techniques pour survivre à un examen précoce par le tribunal. Maria Villegas Bravo, avocate au Centre pour l'information sur la vie privée électronique, a noté : « Je ne vois aucune allégation factuelle ni aucune information sur le logiciel lui-même ». Elle remet également en question le timing du procès qui coïncide avec une action légale antérieure où WhatsApp poursuivait NSO Group pour avoir abusé de son infrastructure.

Selon Villegas Bravo : « C'est un moment très suspect que cela se produise alors que NSO Group tente de faire pression pour être radié des sanctions auprès du gouvernement américain ».

La réaction des concurrents face aux accusations

Cette affaire a suscité des réactions chez des dirigeants rivaux tels que Pavel Durov, fondateur et PDG de Telegram. Ce dernier a déclaré sur X que ces accusations correspondent aux critiques passées concernant la sécurité de WhatsApp. Elon Musk a également exprimé son opinion en déclarant que « WhatsApp n'est pas sécurisé », incitant ainsi les utilisateurs à envisager d'autres options comme sa propre fonctionnalité de messagerie cryptée.

Cependant, aucun leader n'a fourni d'évidence concrète soutenant leurs affirmations. Les experts mettent en garde contre toute confusion entre rhetorique concurrentielle et preuves techniques solides.

Meta défend fermement sa position face aux allégations

En réponse aux accusations formulées dans ce nouveau procès, Meta a rejeté ces affirmations comme étant « catégoriquement fausses et absurdes ». Un porte-parole a insisté : « WhatsApp est crypté de bout en bout depuis une décennie grâce au protocole Signal ». L'entreprise prévoit même des sanctions contre ceux qui représentent ce recours collectif qu'elle qualifie déjà d’« œuvre fictive frivole ».

Ce contexte met encore plus en lumière l'importance cruciale accordée par Meta à la protection des données personnelles dans un environnement où près de trois milliards d'utilisateurs utilisent quotidiennement sa plateforme. En effet, avec plus de 850 millions utilisateurs rien qu'en Inde et 148 millions supplémentaires au Brésil, tout défi sérieux concernant ses promesses de confidentialité pourrait avoir un impact significatif bien au-delà des tribunaux américains.