La tokenisation ne sera significative que lorsqu'elle aura produit des milliards

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Début septembre, le Nasdaq a déposé une modification de règle auprès de la SEC pour permettre aux actions tokenisées et aux produits négociés en bourse (ETP) d'être négociés sur sa plateforme. Bien que cela puisse sembler être une avancée majeure pour la cryptographie, il est essentiel de comprendre que les titres sont déjà numériques depuis des décennies. La véritable question réside dans l'impact réel de la tokenisation sur la rapidité, l'efficacité et l'interopérabilité des marchés financiers.

La transition vers le numérique : un changement nécessaire

Au cours du XXe siècle, posséder des actions signifiait détenir un certificat papier. À la fin des années 1960, Wall Street était submergée par une « crise de la paperasse », entraînant des retards majeurs dans les transactions. En réponse, la Depository Trust Company a été créée en 1973 pour remplacer ces certificats par des inscriptions électroniques. Aujourd'hui, cette infrastructure est au cœur des marchés financiers américains.

Avec le temps, d'autres pays ont suivi ce modèle avec leurs propres systèmes dématérialisés comme CREST, Euroclear, ou encore JASDEC. Cependant, même si les titres sont désormais numérisés, on peut se demander si la blockchain apporte réellement quelque chose de nouveau ou si elle se limite à offrir une autre manière d'enregistrer ces actifs.

La mobilité des garanties : un enjeu crucial

L'un des principaux avantages potentiels liés à la tokenisation réside dans la mobilité des garanties. Cela permettrait un transfert plus rapide et efficace entre institutions financières. Les actifs tokenisés offrent ainsi plus d'agilité par rapport aux systèmes traditionnels où les goulots d'étranglement peuvent ralentir les opérations.

Cependant, il est important de noter que le marché mondial des titres à revenu fixe s'élève à environ 145 100 milliards USD en 2024. Pour mettre cela en perspective, les bons du Trésor représentaient près de 22 300 milliards USD fin septembre 2023, bien plus que toute capitalisation boursière liée aux cryptomonnaies réunies. Les stablecoins jouent également un rôle clé ici ; ils pourraient représenter entre 5% et 10% des paiements mondiaux selon une étude récente d'EY.

L'avenir incertain : quelles perspectives ?

D'ici cinq ans, nous verrons si les garanties symboliques sont simplement une tendance passagère ou un changement significatif dans le paysage financier. Les banques commencent déjà à expérimenter avec des obligations tokenisées tout en intégrant progressivement les stablecoins dans leurs processus opérationnels.

D'ici 2030, ces tendances pourraient radicalement transformer nos pratiques financières habituelles. Les obligations tokenisées pourraient devenir courantes au sein même du système bancaire traditionnel permettant ainsi un règlement plus rapide et moins coûteux grâce à leur intégration avec diverses technologies émergentes.

Quelles implications pour le secteur financier ?

Le récent changement réglementaire du Nasdaq représente une étape importante mais n'est qu'une pièce du puzzle complexe qu'est *l'évolution numérique* des marchés financiers. L'innovation apportée par la tokenisation doit aller au-delà du simple remplacement numérique; elle doit permettre une transformation réelle qui améliore *l’efficacité* opérationnelle générale.

Ainsi, il devient impératif pour les acteurs financiers non seulement d'adopter ces nouvelles technologies mais aussi d'investir dans l’infrastructure nécessaire afin d'intégrer efficacement ces nouveaux instruments financiers tout en préservant leur flexibilité stratégique face aux défis futurs.

Émilie Sutherland {Chef produit chez Cor Prime} {Plus de dix ans d’expérience incluant stratégie financière} {Anciennes positions chez Galaxy Digital et Bridgewater Associates}