L'Inde envisage de connecter les monnaies numériques des BRICS afin de simplifier les paiements internationaux
Chapô : La banque centrale indienne, la Reserve Bank of India (RBI), propose de relier les monnaies numériques des pays BRICS pour améliorer les paiements transfrontaliers. Cette initiative pourrait transformer le commerce et le tourisme au sein du bloc tout en réduisant la dépendance au dollar américain. Le sommet des BRICS de 2026 sera l’occasion d’examiner cette proposition innovante.
La RBI recommande un lien entre les monnaies numériques des BRICS
La Reserve Bank of India (RBI) a formulé une proposition audacieuse visant à connecter les monnaies numériques des banques centrales (CBDC) lors du prochain sommet des BRICS prévu pour 2026. Deux sources anonymes ont rapporté que cette recommandation doit être ajoutée à l’ordre du jour officiel, marquant ainsi une première dans l’histoire du bloc.
L’Inde accueillera ce sommet après avoir pris la présidence du groupe dès le 1er janvier 2026. L'idée d'un lien entre ces monnaies numériques est perçue comme un moyen potentiel de transformer la manière dont les membres effectuent leurs paiements commerciaux et touristiques transfrontaliers.
Une initiative fondée sur l’accord de Rio de Janeiro
Cette proposition s’inscrit dans le cadre des engagements pris lors du sommet de Rio de Janeiro en 2025, où les dirigeants avaient plaidé pour une meilleure interopérabilité entre leurs systèmes de paiement. Les ministres des Finances et gouverneurs des banques centrales ont été chargés d'explorer cette idée afin d'améliorer l'efficacité des transactions internationales.
L'initiative vise non seulement à rendre ces paiements plus rapides et moins coûteux, mais aussi à réduire la dépendance au dollar américain dans un contexte géopolitique tendu. Toutefois, la RBI insiste sur le fait que ses efforts ne visent pas spécifiquement à promouvoir une dédollarisation.
Aperçu actuel des CBDC chez les membres fondateurs
Actuellement, aucun membre fondateur des BRICS n’a encore lancé sa monnaie numérique complète, bien que tous mènent déjà divers projets pilotes. Par exemple, l’e-roupie, lancée par l'Inde en décembre 2022, a déjà attiré 7 millions d’utilisateurs particuliers grâce à son adoption facilitée par diverses fonctionnalités innovantes.
De son côté, la Chine gère le programme CBDC le plus avancé avec son yuan numérique qui représente environ 95,3 % de l'activité transactionnelle liée aux échanges internationaux via mBridge. Les autres nations comme le Brésil ou la Russie sont également engagées dans leurs propres programmes pilotes mais demeurent encore aux prémices du développement.
Les défis techniques pour établir un système intégré
Pour réussir ce projet ambitieux reliant les CBDC entre pays membres, plusieurs défis techniques doivent être surmontés. Une source a révélé que parmi ces enjeux figurent « la technologie interopérable », « les règles de gouvernance » et « les méthodes pour gérer les volumes commerciaux déséquilibrés ».
Un modèle proposé consiste en accords bilatéraux permettant aux banques centrales d’effectuer des swaps monétaires régulièrement afin de régler ces déséquilibres commerciaux existants. Cependant, cela nécessite un consensus fort sur divers aspects technologiques et réglementaires qui pourraient retarder sa mise en œuvre effective.
Les tensions géopolitiques influencent cette initiative
Le moment choisi par l’Inde pour avancer cette proposition coïncide avec une montée en tension commerciale avec les États-Unis. L’ancien président Donald Trump avait menacé d’imposer jusqu'à 100 % de droits de douane envers tout pays tentant d'établir une alternative au dollar américain ou soutenant pareillement certaines initiatives anti-américaines.
Dans ce climat hostile aux échanges traditionnels dominés par Washington, il apparaît que cette initiative pourrait également amplifier davantage ces tensions alors que certains pays cherchent à se rapprocher économiquement malgré leur relation complexe avec les États-Unis.
L’Inde veut positionner sa CBDC face aux stablecoins privés
Alors qu’une partie croissante du monde financier s’intéresse aux stablecoins privés souvent moins régulés, l’Inde continue son travail pour faire accepter sa propre e-roupie comme étant plus sûre et mieux encadrée juridiquement. T Rabi Sankar, sous-gouverneur de la RBI a souligné cet engagement en précisant que « les CBDC ne présentent pas bon nombre des risques associés aux pièces stables ».
Face au risque éventuel qu’un usage trop étendu puisse fragmenter leur propre écosystème financier national, il est crucial pour eux d’étendre leur infrastructure autour des CBDC tout en maintenant leur contrôle monétaire face à la montée concurrentielle posée par ces alternatives privées.
Il reste cependant incertain si tous ces éléments aboutiront concrètement lors du sommet prévu.
