Les discussions sur la structure du marché crypto américain peinent à trouver un consensus
Chapô : Les discussions sur la structure du marché des actifs numériques aux États-Unis révèlent davantage de divisions que de consensus, notamment autour des stablecoins et de la finance décentralisée. Plus de 50 dirigeants du secteur crypto ont exprimé leur préoccupation face à l'impact potentiel d'une législation restrictive sur les échanges. L'urgence se fait sentir alors que les élections de novembre approchent, menaçant d'interrompre les efforts législatifs.
Les dirigeants crypto plaident pour une législation urgente
Jeudi dernier, plus de 50 dirigeants du secteur crypto se sont rassemblés à Capitol Hill pour faire entendre leurs préoccupations concernant la nécessité d'une législation sur la structure du marché des actifs numériques. Ces leaders insistent sur le fait qu'il est essentiel d'agir rapidement (« ASAP ») et avertissent que toute restriction sur la possibilité pour les plateformes d'échange d'offrir des « récompenses » aux détenteurs de stablecoins pourrait avoir des conséquences désastreuses.
Le secteur bancaire américain souhaite que le projet de loi inclue une interdiction issue du GENIUS Act, qui empêcherait les émetteurs de stablecoins d'offrir des rendements ou intérêts, non seulement aux émetteurs mais aussi à des plateformes comme Coinbase (NASDAQ: COIN). Les banques redoutent qu'une telle mesure ne pousse leurs clients à retirer massivement leurs dépôts vers ces plateformes en quête de meilleures rémunérations.
Des tensions bipartites au sein du Congrès
Malgré un certain consensus entre républicains et démocrates au sein des comités bancaires et agricoles, il existe encore beaucoup d'incertitudes. Un rapport récent a indiqué que le nouveau projet élaboré par le comité agricole n’avait pas reçu l’adhésion complète des démocrates présents. Le président du comité, John Boozman (R-AR), a déclaré : « Le projet comprend plusieurs dispositions défendues par les démocrates », tout en reconnaissant également l'apport des acteurs concernés.
Cory Booker (D-NJ) a souligné ses efforts pour parvenir à un accord bipartisan, affirmant qu'un projet commun était « le seul moyen d'obtenir une loi ». Pendant ce temps, Angela Alsobrooks (D-MD) a proposé une solution intermédiaire permettant aux échanges de verser des récompenses uniquement lors d'activités liées aux transactions avec les stablecoins.
Coinbase contre-attaque avec un argument géopolitique
Face aux restrictions potentielles sur les récompenses en matière de stablecoins, Coinbase avance un nouvel argument basé sur la concurrence internationale avec la Chine et son yuan numérique. Faryar Shirzad, responsable politique chez Coinbase, a tweeté que « La Chine comprend l'opportunité que le lobby bancaire est prêt à lui donner ».
Brian Armstrong, PDG de Coinbase, avait auparavant averti Congress que restreindre ces récompenses constituerait un problème majeur (« red line issue »). Il affirme que ces mesures nuiraient directement à la compétitivité américaine dans le domaine financier mondial.
Défis liés à DeFi et responsabilité juridique
Les discussions autour de la réglementation touchent également la finance décentralisée (DeFi) et notamment jusqu'où devraient aller les responsabilités juridiques pour ses développeurs face à son utilisation illégale. Tandis que certains membres démocrates réclament davantage de réglementations strictes, les républicains privilégient une approche plus libérale.
Le groupe Lobby The Digital Chamber cherche activement à influencer cette dynamique auprès des décideurs politiques dans ce débat crucial autour du DeFi. Des représentants notables tels qu’un membre du groupe privé Andreessen Horowitz ont déjà participé à ces discussions constructives avec SIFMA – un groupe commercial influent basé Wall Street.
La question éthique continue d'inquiéter
Elizabeth Warren (D-MA), membre influente au Sénat américain souligne également l’importance croissante des questions éthiques dans ce cadre législatif complexe. Elle s’inquiète particulièrement concernant World Liberty Financial (WLF), lié au président Donald Trump, qui cherche actuellement un agrément national pour renforcer son activité liée aux stablecoins évaluée en USD1 milliard.
Warren met ainsi en lumière « des conflits financiers ou corruption sans précédent », appelant tous ceux impliqués dans cette législation visant le marché crypto à tenir compte sérieusement cette problématique avant tout vote final.
Les prochaines semaines seront donc déterminantes alors même que certaines voix s'élèvent contre l'influence perçue derrière certaines décisions gouvernementales relatives au secteur actif numérique.
